De l'usage de la musique

Consciemment ou non, le son a une fonction. Encore faut-il qu'il colle au contexte dans lequel on l'écoute.

Track Up
3 min ⋅ 29/05/2026

Salut Emma,

Ta dernière lettre a eu un écho inattendu pendant cette quinzaine.

Dernièrement, j’ai commencé à jouer à Shapez 2, un jeu de tapis roulant où on doit miner et assembler des formes géométriques ensemble. C’est un jeu très zen, sans stress où l’expérience est centrée sur la liberté d’assembler nos machines à peindre, découper ou coller des carrés et des ronds et ainsi arriver à des formes plus complexes.

Shapez n’a rien de narratif, ce qui fait du bien après des journées stressantes. Il suscite relativement peu d’émotion hormis peut-être l’apaisement à la vue de tapis roulants parfaitement alignés pour déverser des milliers de carrés colorés.

Quel lien avec la musique et ta précédente lettre ?

Tu parlais des librairies musicales, ces pistes sonores qu’on peut entendre au détour d’un film ou de pérégrinations dans un magasin. Les jeux comme Shapez se prêtent parfaitement aux librairies musicales un peu passe-partout.
 
Pour le coup, on a droit à des musiques originales qui me sont restées dans la tête plusieurs jours. On peut d’ailleurs acheter la BO en complément pour soutenir le développeur.

Pour me sortir ces musiques de la tête, j’ai tenté d’écouter les morceaux en dehors de mes parties. Et le moins que l’on puisse dire c’est que le bilan est... mitigé. Et c’est là où ta lettre m’a débloqué un truc. Je me suis souvenu que la musique pouvait avoir une fonction et un contexte… Voire même plus.

La musique a souvent une fonction et un contexte.

Je crois que c’est David Byrne, cofondateur des Talking Heads, qui disait ça dans son livre “Qu’est-ce que la musique ?”. C’est tout bête à dire mais on n’écoute pas de la même manière du métal et de la musique expérimentale. Un chant peut être pensé avec une certaine acoustique, un certain décorum. On n’écoute pas de la même façon et dans les mêmes endroits un chant religieux ou une berceuse.

C’est pour cela qu’il est très rare que j’apprécie les BO de films ou de jeux en dehors de leurs contextes initiaux. La seule exception étant peut-être les BO de films de Blaxploitation.

De la même manière, on peut apprécier une musique dans un contexte particulier. Beaucoup de producteurs de rap expliquent que le vrai test pour un morceau est une écoute en voiture. On voit bien que le contexte compte et qu’il est par essence complexe. Le côté physique (en live, en voiture, au lit…) et mental (est-on triste ? joyeux ? en colère ? ) de notre écoute peut modifier complètement notre réception.

Concrètement, je n’ai jamais mieux compris l’électro qu’en concert. Il y a quelque chose de physique dans les vibrations qui fait vraiment la différence par rapport à une écoute à la maison.

Une histoire de contexte

Tout autant que la fonction initiale de la musique (danser, habiller un film, méditer...) qui est presque aussi important que le contexte  dans lequel la musique a été créée. Sachant évidemment qu’on n’écoute pas forcément dans les conditions prévues par les auteurs d’un morceau. Ne serait-ce que parce qu’on n’a pas un système son de fou ou le background culturel pour écouter !

The Revolution Will Not Be Televised de Gil Scott-Heron n’aurait probalement pas pu naître consciemment ou non sans les émeutes de Watts et n’aurait peut-être pas eu autant d’écho sans la mutinerie de la prison d'Attica.

Et des exemples comme ça, il en existe des tonnes ! Je ne vais pas les lister ici mais voici une petite sélection de morceaux en fonction de l’usage que j’en fais :

  • Si je pioche dans ma playlist spécial danse, je peux proposer “Phô Real“ Oogo & Blanka.

  • Si j’étais d’humeur mélancholique je lancerai probablement “Slack Jaw” de Syvlan Esso. J’ai découvert ce morceau il y a quelques années grace à cette vidéo très touchante de la danseuse Emma Portner avec Elliot Page, son compagnon de l’époque. C’est beau à en tomber de sa chaise !

  • Et dernier pour la route, je termine cette lettre avec Wilson Tanner et le titre “Legends” De la musique folk, un brin lo-fi. Parfait pour une douce fin de journée ensoleillé !

Bonne écoute !

À très vite

Hadrien

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Track Up

Par Emma et Hadrien

Derrière Track Up vous pouvez retrouver Hadrien qui aime faire des podcast sur son temps libre, pour parler jeu dans Ludologie, musique dans Piste suivante, ou encore politique dans Restons Polis et Emma graphiste passionnée de musique et co fondatrice du label Cheval Blanc Records.