La musique s’évanouit elle vraiment ? cheminement de pensée le long des processus créatifs.
Hello Hadrien
En vrai ça me déclenche un peu les propos de Boombass par rapport au fait qu’il ne connaisse même plus les titres qu’il passe dans ses DJ sets…. (si on peut encore appeler ça un dj set de venir avec un clé usb…XD)
Alors ok avoir moins de poids à transporter pour un dj ça peut s’entendre, mais quand on commence à ne plus connaître le titre du morceau voire de son auteur et qu’on se contente d’ambiancer un public sans un minimum d’égards pour les créatifs ça me pose un gros souci.
Pour moi Dj c’est un métier; tout comme un cuisinier connaît ses produits, les goûts et les saveurs pour créer ses plats, un dj se doit de connaître ses morceaux, leurs titres et leurs auteurices; sinon eh bien il est comme nous, simple amateur passant une playlist lors d’une soirée entre ami.e.s....
Je pense que mon point de vu s’est forgé en côtoyant des Dj passionnés aux collections incroyables et qui préservent encore aujourd’hui le plaisir de jouer des dj sets full vinyl.
D’ailleurs ça me fait penser à Dj Koko AKA Shimotika, japonnais qui sublime le mix via 45T.
Choisir ses disques, écouter ses morceaux, connaître leur histoire, c’est aussi rendre hommage aux créateurs.
Quelque part ça m’attriste un peu ce courant de la facilité à tout prix dans le milieu musical, celui d’engranger de l’argent au détriment de la création et encore plus avec l’arrivée de l’IA, dont je pense nous reparlerons ^^…. Je ne dis pas que se contenter de faire un métier passion soit une bonne chose, car on doit toustes pouvoir vivre dignement tout en donnant du sens à ce qu’on fait, sans en faire un produit sans âme, marketé, prêt à consommer.
Pour moi la création est un processus important qui prend différentes formes selon les personnes, mais qui est aussi source de plaisir, parfois d’interrogation et d’introspection.
Les titres, les gens tombent dans l’oubli, certes, car c’est la réalité de nos vies à toustes; les générations se succèdent, les cultures changent, évoluent... Mais est ce que tout disparait ?
Personnellement je suis contente quand je vois un reportage comme celui de Tracks (Arte) sur la Northern Soul qui revient en force, en Angleterre, auprès d’un public parfois jeune. Que des morceaux et des artistes tombés dans l’oubli soient retrouvés, joués et célébrés dans des clubs.
Quelques part l’art c’est aussi ça: une trace de notre passage, un bout de mémoire intemporelle qui raisonnera pour d’autres après nous….
Je joins à mes propos cette magnifique série du photographe Eilon Paz (photo de couverture)
https://eilonpaz.com/home/dust-grooves/dust-grooves/
Quand j’ai écouté les Disintegration loops de William Basinsk dont tu m’as parlé, j’y ai surtout vu un acte artistique, celui de faire évoluer un processus; il s’agit de son travail qu’il va réutiliser autrement, un remix, une nouvelle version même si elle est accidentelle et due au changement technologique.
D’ailleurs cette espèce de sonorité fantomatique qu’on entend dans ces loops m’a étrangement fait penser aux bandes sonores que l’on retrouve dans le jeu video Dreamcore ( Studio argentin Montraluz).
Vivez les espaces liminaux comme jamais. Dreamcore est une exploration psychologique dans le plus grand monde liminal créé. Aucun guide, aucun chemin, seule votre intuition. Saurez-vous garder vos repères dans un monde fait pour vous les faire perdre ?
Comme un esprit de flottement, de délitement du temps et de l’espace. De souvenirs qui partent en poussière....
🎧 Dans tes oreilles : Pour aller plus loin tu peux jeter une oreille aux différents projets de The Caretaker.
Comme tu me parlais de guitare dans ta dernière lettre, je voulais conclure en te partageant cette récente découverte du guitariste Antoine Boyer avec ici une reprise de Steve Wonder :
Crédit photo de couverture @Eilon Paz => Questlove batteur du groupe The Roots mais aussi Dj, producteur, journaliste.