La musique matérielle s'évanouie. Mais est-ce si grave ?
Salut Emma,
Ta nostalgie de ce rapport à la musique trouve pas mal d’écho en moi. J’ai un rapport assez contradictoire avec la physicalité de la musique.
Récemment, j’entendais Boombass de Cassius dire dans une interview qu’il ne connaissait même plus les titres qu’il passe dans ses DJ sets. Avant, il fallait ramener ses vinyles, ça pesait une tonne mais on savait ce qu’on passait. Désormais, une simple clé USB suffit pour avoir des milliers de titres. C’est sans doute une des raisons pour lesquelle il s’est séparé de sa collection de disques : à quoi bon s’encombrer... Même si on oubliera certains titres au passage.
En soi, je partage souvent ce constat que la facilité d’accès fait que certaines choses tombent dans l’oubli. Mais est-ce vraiment grave ?
Cela me fait penser aux Disintegration loops de William Basinski. Dans les années 80, le compositeur avait fait une série de boucles un peu planantes. Vingt ans après, il retombe sur les bandes et décide de les numériser. Il lance le truc et part se servir un café. En revenant, il remarque que la boucle n’est plus tout à fait la même : Le travail d’enregistrement et le temps dégradent peu à peu les bandes créant un nouveau son. Il décide alors d’enregistrer le processus de dégradation...
Hasard des choses, il boucle le projet le matin du 11 septembre 2001 donnant un écho inquiétant à une musique contemplative.
Quel lien entre cette histoire de temps qui passe, de grandes et petites histoires qui s’entrechoquent et la matérialité de la musique ?
Tout simplement parce que pour ma part, j’ai découvert la musique... Par les bouquins et les magazines !
Je partage assez peu les goûts musicaux de mes amis, ce qui fait que je n’ai jamais eu ces découvertes communes comme tu le décris.
Je n’ai pas connu l’époque des institutions rennaises comme a pu l’être Rennes musique. Tout au plus, j’ai connu Sainte Cécile quand j’étais au lycée à Saint-Brieuc. Ce magasin était intéressant : il vendait autant de la musique que des instruments. Je crois me souvenir que le premier disque que j’ai dégoté c’était We are Little Barrie de… bah Little Barrie. C’est le groupe de Barrie Cadogan, sans doute un de mes guitaristes préférés. On le connaît pour le générique de Better Call Saul mais son travail mérite vraiment d’être creusé.
De cette époque, j’ai gardé beaucoup de CD. Youtube balbutiait. Le streaming n’existait pas. Le téléchargement était encore compliqué (en tout cas pour moi). Les boutiques avaient des lecteurs pour écouter certains disques. Je dévorais alors les magazines de musique, écoutais les disques disponibles à l’écoute en boutique.
Vingt ans après, j’ai une petite malle rempli de ces petites galettes en plastique... Que je n’écoute que lorsque je fais des trajets en voiture. Et je déteste conduire !
Maintenant, en dehors de nos échanges, j’écoute principalement en dématérialisé ce que je lis en physique . Ce qui me permet d’ailleurs de recommander chaudement les bouquins des éditions Les mots et le reste. Il y en a pour tous les goûts !
Reste la question de la juste rémunération des artistes. Une question vaste que je met ici de côté pour l’aborder plus longuement un jour dans une future lettre.
Bonne lecture.
Hadrien
Crédit photo : Cassius ©Radio France - Alexis Goyer